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dijous, 22 de gener del 2026

Tenebra a la Sorbona

 



TENEBRA A LA SORBONA


Dijous 18 de desembre de 2025 vaig rebre un correu electrònic inesperat. M'escrigué la doctora Claire Valmont, des de la Univeritat de la Sorbona de París, fent-me saber que s'havia llegit la meva novel·la Tenebra, i que n'havia fet ús per al curs  «Onirisme et subversion du réel dans la prose européenne du XXIe siècle». M'adjuntava un extracte del text que va escriure, i posteriorment llegir, durant el Colloque international «Les géographies intérieures». Em pregava que no el fes pùblic, per no tenir problemes amb les capelletes i «burrocràcies» típiques de l'admistració i l'acadèmia. Després d'haver intercanviat diversos correus amb ella, he aconsegut que fes un resum del seu escrit original, i que em doni permís per a publicar-lo en l'original francès, i també traduït al català. Així que aquí el teniu. Moltes gràcies a tothom  per fer-ho possible.



Université de la Sorbonne – Faculté des Lettres

Chaire de Littérature Comparée

Cours : «Onirisme et subversion du réel dans la prose européenne du XXIe siècle»

DOCTOR ÈS LETTRES CLAIRE VALMONT

Professeur agrégée de Littérature Comparée.

Membre de l’Institut de Recherche sur les Textes Modernes (IRTM)

 

MÉMOIRE ACADÉMIQUE N° 2025/07

Titre : «Ténèbres parallèles : une lecture du roman TENEBRA comme laboratoire ontologique et intertextuel»

 

Date : 15 décembre 2025

Destinataire : Colloque international «Les géographies intérieures», Paris

 

1. Introduction : Le cadre générique et le statut du texte

     Le manuscrit intitulé TENEBRA, présenté comme una novel·la (un roman) écrit en catalan par Emili Gil, s’inscrit dans une tradition littéraire qui fusionne le récit fantastique, la métalittérature et le psychogeographical narrative tel que défini Merlin Coverley (2010). Il s’agit d’une œuvre profondément intertextuelle où les références à Gérard de Nerval, Honoré de Balzac, Guy de Maupassant, Charles Baudelaire, H.P. Lovecraft et Gaston Leroux ne sont pas de simples clins d’œil, mais des piliers structurels d’un discours sur la création artistique et la nature du réel.

     Le récit, narré à la première personne, relate l’initiation d’un jeune administrateur catalan exilé à Paris dans les cercles littéraires clandestins et, surtout, dans les réseaux souterrains de la ville —à la fois physiques (catacombes, carrières) et métaphysiques (Sirap, la cité inversée). Le texte se présente ainsi comme une cartographie narrative de l’inconscient urbain, dans la lignée des travaux de Walter Benjamin sur Paris, mais aussi de la « dérive » situationniste.


2. Structures du double et géographies symboliques

     Le texte articule une dialectique permanente entre surface et profondeur, lumière et ténèbres, raison et folie. Cette opposition est symbolisée par les deux Paris :

a)    Paris-Lumière : la ville administrative, sociale, littéraire officielle (Galerie Gilles-Dupont, le cimetière de Montparnasse comme lieu touristique).

b)    Paris-Ténèbres (ou ville Ténèbre) : le réseau des cataphiles, les carrières, l’accès à Sirap.

     Cette structure binaire rappelle Le Horla de Maupassant (1887) —où le narrateur oscille entre la normalité et l’invasion d’une présence invisible— ainsi que Les Villes invisibles d’Italo Calvino (1972), où chaque ville décrite est une projection de l’esprit humain. Ici, Sirap (anacyclique de «Paris») fonctionne comme un espace hétérotopique au sens de Foucault : un lieu autre, réel, mais en dehors de tous les lieux, où les normes sont suspendues.

     Le clavell negre (œillet noir) agit comme un leitmotiv symbolique et un passeur interdimensionnel. Il rappelle la fonction de la fleur dans Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll (1865) —objet déclencheur du passage— mais aussi le rôle des fleurs noires dans la poésie symboliste (Baudelaire, Les Fleurs du mal) comme emblèmes d’une beauté mélancolique et mortifère. L’œillet noir, historiquement associé à l’anarchie et au deuil, devient ici un symbole de résistance au réel ordinaire.


3. Intertextualité et métalittérature

     L’œuvre est saturée de références qui en font un palimpseste culturel. Les mentions répétées de Le Chef-d’Œuvre inconnue de Balzac (1831) sont centrales : le personnage de Catherine Lescault, la «belle noiseuse», est réactivé sous le nom de Tenebra, présentée comme «l’œuvre maîtresse inconnue par excellence». Ceci pose la question de l’art comme accès à un réel supérieur — question déjà au cœur du récit balzacien, où Frenhofer cherche à peindre «la vie même».

     Le texte dialogue aussi avec :

a)    La tradition fantastique française : de Nodier à Jean Ray, en passant par Marcel Schwob.

b)    Le weird fiction lovécraftien : la quête de «l’inconnaissable», la peur de l’abîme, la ville onirique.

c)     Le réalisme visionnaire de Nerval (Aurélia) : la folie comme voie d’accès à d’autres plans de réalité.

     L’insertion de phrases en français, en italien, en latin, ainsi que des descriptions précises de lieux parisiens (rue Thermopyles, cimetière de Montparnasse, catacombes de Denfert-Rochereau) renforce l’effet de réalisme documentaire, qui contraste avec les épisodes oniriques —technique héritée de Julio Cortázar (62 Modelo para armar) et de Georges Perec (La Vie mode d’emploi).


4. La figure de Tenebra : entre muse, spectre et allégorie

     Tenebra n’est pas un personnage au sens traditionnel, mais une entité polymorphe : ombre féminine, présence télépathique, habitante de Sirap, incarnation de l’Art idéal. Elle relève de la dame fantôme de la littérature gothique, mais aussi de la muse impossible des artistes maudits.

     Son nom — «Ténèbre»— l’associe à l’obscurité comme matrice créatrice, selon le motif romantique de la Nox creatrix qu’on retrouve chez Novalis ou chez Goya. Elle est également liée au mythe de la femme noire (la belle dame sans merci) présente de Baudelaire à Pierre Louÿs.

     Dans le roman, elle guide le narrateur vers une expérience limite, à la fois sensuelle et métaphysique. Cette initiation rappelle les rites d’accès au monde souterrain dans la tradition épique (Orphée, Énée), mais transposée dans le contexte urbain et psychédélique du Paris contemporain.


5. Substances psychotropes et états modifiés de conscience

     L’usage de l’absinthe (la «fée verte») et de la Chartreuse (élixir des moines chartreux) comme «clés» pour accéder à Sirap s’inscrit dans une longue tradition littéraire associant intoxication et vision poétique, de Thomas De Quincey (Confessions d’un mangeur d’opium) à Henri Michaux (Misérable miracle). En Jacques Gipet, qui utilise ces substances pour «voyager», on reconnaît le poète-voyant rimbaldien, mais aussi le dandy décadent fin-de-siècle.

     L’expérience du narrateur dans la salle du bélier —transe, dissociation, voyage astral— évoque les récits de proto-science-fiction mystique comme Les Paradis artificiels de Baudelaire ou Les Champs magnétiques de Breton et Soupault.


6. Le sous-sol comme inconscient collectif

     Les catacombes parisiennes ne sont pas qu’un décor: elles fonctionnent comme une allégorie de l’inconscient —individuel et collectif. Les ossements entassés renvoient à la mémoire historique (Révolution française, épidémies), mais aussi aux strates refoulées du moi. Le narrateur y affronte ses fantômes personnels (Margarida) et les archétypes littéraires (Bertrand le nécrophile, Aspairt le perdu).

     Cette topographie souterraine rappelle Le Puits et le Pendule d’Edgar Poe (1842) —espace carcéral et onirique— et surtout La Bouche d’ombre de Victor Hugo (1856), où le gouffre est lieu de révélation cosmique.


7. Conclusion : Tenebra, œuvre-limite et laboratoire du sens

     Tenebra est plus qu’un récit fantastique : c’est une mise en abyme de la quête littéraire elle-même. Le narrateur, en cherchant Tenebra, cherche l’œuvre parfaite, l’absolu artistique, la fusion avec le rêve. Le texte joue constamment sur l’ambiguïté : le narrateur est-il un visionnaire ou un aliéné ? Sirap existe-t-elle ou est-elle une psychose ?

     En cela, l’œuvre s’inscrit dans la lignée des récits d’initiation ambiguë comme Le Nez de Cleopatra, de Bruno Schulz (1937) ou La Invitación, de Juan José Saer (1988), où la frontière entre délire et épiphanie est volontairement brouillée.

     Enfin, le choix du catalan comme langue d’écriture, dans un récit saturé de références françaises, peut être lu comme un acte de résistance culturelle —une manière d’habiter la langue mineure pour dire l’exil, la dualité, la recherche d’une patrie intérieure.

     «Le véritable voyage n’est pas de parcourir le désert ou de franchir les mers, c’est de traverser sa propre nuit intérieure.» (J. M. G. Le Clézio)


Claire Valmont

Professeur de Littérature Comparée

Université de la Sorbonne, Paris





TENEBRA A LA SORBONA

 

Universitat de la Sorbona – Facultat de Lletres

Càtedra de Literatura Comparada

Curs: «Onirisme i subversió d’allò real en la prosa europea del segle XXI»

 

DOCTORA EN LLETRES CLAIRE VALMONT

Professora agregada de Literatura Comparada

Membre de l’Institut de Recerca sobre els Textos Moderns (IRTM)

 

MEMÒRIA ACADÈMICA Núm. 2025/07

Títol: «Tenebres paral·leles: una lectura de la novel·la TENEBRA com a laboratori ontològic i intertextual»

Data: 15 de desembre de 2025

Destinatari: Col·loqui internacional «Les geografies interiors», París

 

1. Introducció: el marc genèric i l’estatus del text

     El manuscrit titulat TENEBRA, presentat com una novel·la escrita en català per Emili Gil, s’inscriu dins una tradició literària que fusiona el relat fantàstic, la metaliteratura i la narrativa psicogeogràfica tal com la defineix Merlin Coverley (2010). Es tracta d’una obra profundament intertextual, en què les referències a Gérard de Nerval, Honoré de Balzac, Guy de Maupassant, Charles Baudelaire, H. P. Lovecraft i Gaston Leroux no són simples picades d’ullet, sinó pilars estructurals d’un discurs sobre la creació artística i la naturalesa de la realitat.

     El relat, narrat en primera persona, explica la iniciació d’un jove administratiu català exiliat a París en els cercles literaris clandestins i, sobretot, en les xarxes subterrànies de la ciutat —tant físiques (catacumbes, pedreres) com metafísiques (Sirap, la ciutat invertida). El text es presenta així com una cartografia narrativa de l’inconscient urbà, en la línia dels treballs de Walter Benjamin sobre París, però també de la «deriva» situacionista.


2. Estructures del doble i geografies simbòliques

     El text articula una dialèctica permanent entre superfície i profunditat, llum i tenebres, raó i follia. Aquesta oposició és simbolitzada pels dos París:

a) París-Llum: la ciutat administrativa, social i literària oficial (Galeria Gilles-Dupont, el cementiri de Montparnasse com a espai turístic).

 b) París-Tenebres (o ciutat Tenebra): la xarxa dels catàfils, les pedreres, l’accés a Sirap.

     Aquesta estructura binària recorda Le Horla, de Maupassant (1887) —on el narrador oscil·la entre la normalitat i la invasió d’una presència invisible— així com Les ciutats invisibles, d’Italo Calvino (1972), on cada ciutat descrita és una projecció de l’esperit humà. Aquí, Sirap (anagrama de «París») funciona com un espai heterotòpic en el sentit foucaultià: un lloc altre, real, però fora de tots els llocs, on les normes queden suspeses.

     El clavell negre actua com a leitmotiv simbòlic i com a passador interdimensional. Recorda la funció de la flor a Alícia al país de les meravelles, de Lewis Carroll (1865) —objecte desencadenant del pas— però també el paper de les flors negres en la poesia simbolista (Baudelaire, Les flors del mal) com a emblemes d’una bellesa melancòlica i mortífera. El clavell negre, històricament associat a l’anarquisme i al dol, esdevé aquí un símbol de resistència al real ordinari.


3. Intertextualitat i metaliteratura

     L’obra és saturada de referències que la converteixen en un palimpsest cultural. Les mencions reiterades de L’obra mestra inconeguda, de Balzac (1831) són centrals: el personatge de Catherine Lescault, la «bella mentidera», és reactivat sota el nom de Tenebra, presentada com «l’obra mestra desconeguda per excel·lència». Això planteja la qüestió de l’art com a accés a un real superior —qüestió ja al centre del relat balzaquià, on Frenhofer busca pintar «la vida mateixa».

     El text dialoga també amb:

 a) La tradició fantàstica francesa: de Nodier a Jean Ray, passant per Marcel Schwob.

 b) El weird fiction lovecraftià: la recerca de «l’inconegut», la por de l’abisme, la ciutat onírica.

 c) El realisme visionari de Nerval (Aurèlia): la follia com a via d’accés a altres plans de realitat.

     La inserció de frases en francès, en italià, en llatí, així com les descripcions precises de llocs parisencs (rue Thermopyles, cementiri de Montparnasse, catacumbes de Denfert-Rochereau) reforcen l’efecte de realisme documental, que contrasta amb els episodis onírics —tècnica heretada de Julio Cortázar (62. Model per armar) i de Georges Perec (La vida, manual d’ús).


4. La figura de Tenebra: entre musa, espectre i al·legoria

     Tenebra no és un personatge en el sentit tradicional, sinó una entitat polimòrfica: ombra femenina, presència telepàtica, habitant de Sirap, encarnació de l’Art ideal. S’inscriu tant en la figura de la dama fantasma de la literatura gòtica com en la musa impossible dels artistes maleïts.

     El seu nom —«Tenebra»— l’associa a l’obscuritat com a matriu creadora, segons el motiu romàntic de la Nox creatrix que trobem en Novalis o en Goya. També es vincula al mite de la dona negra (la belle dame sans merci), present de Baudelaire a Pierre Louÿs.

     A la novel·la, guia el narrador cap a una experiència límit, alhora sensual i metafísica. Aquesta iniciació recorda els ritus d’accés al món subterrani de la tradició èpica (Orfeu, Enees), però transposats al context urbà i psicodèlic del París contemporani.


5. Substàncies psicotròpiques i estats modificats de consciència

     L’ús de l’absenta (la «fada verda») i del Chartreuse (elixir dels monjos cartoixans) com a «claus» per accedir a Sirap s’inscriu en una llarga tradició literària que associa la intoxicació amb la visió poètica, de Thomas De Quincey (Confessions d’un menjador d’opi) a Henri Michaux (Miserable miracle). En Jacques Gipet, que utilitza aquestes substàncies per a «viatjar», s’hi reconeix el poeta-vident rimbaudià, però també el dandi decadent de finals de segle XIX.

     L’experiència del narrador a la sala del marrà —trànsit, dissociació, viatge astral— evoca els relats de proto-ciència-ficció mística com Els paradisos artificials, de Baudelaire, o Els camps magnètics, de Breton i Soupault.


6. El subsòl com a inconscient col·lectiu

     Les catacumbes parisenques no són pas un simple decorat: funcionen com una al·legoria de l’inconscient —individual i col·lectiu. Els ossos amuntegats remeten a la memòria històrica (Revolució Francesa, epidèmies), però també a les capes reprimides del jo. El narrador s’hi enfronta als seus fantasmes personals (Margarida) i als arquetips literaris (Bertrand el necròfil, Aspairt el perdut).

     Aquesta topografia subterrània recorda El pou i el pèndol, d’Edgar Poe (1842) —espai carcerari i oníric— i sobretot La boca d’ombra, de Victor Hugo (1856), on l’abisme esdevé un lloc de revelació còsmica.

 


7. Conclusió: Tenebra, obra límit i laboratori del sentit

     Tenebra és més que un relat fantàstic: és una immersió en l’abisme de la recerca literària mateixa. El narrador, en cercar Tenebra, cerca l’obra perfecta, l’absolut artístic, la fusió amb el somni. El text juga constantment amb l’ambigüitat: el narrador és un visionari o un alienat? Sirap existeix o és una psicosi?

     En aquest sentit, l’obra s’inscriu en la línia dels relats d’iniciació ambigua com El nas de Cleopatra, de Bruno Schulz (1937) o La invitació de Juan José Saer (1988), on la frontera entre deliri i epifania és deliberadament difuminada.

     Finalment, l’elecció del català com a llengua d’escriptura, en un relat saturat de referències franceses, pot llegir-se com un acte de resistència cultural —una manera d’habitar una llengua menor per dir l’exili, la dualitat, la recerca d’una pàtria interior.

     «El veritable viatge no és recórrer el desert o travessar els mars, sinó travessar la pròpia nit interior.» (J. M. G. Le Clézio)

 

Claire Valmont

Professora de Literatura Comparada

Universitat de la Sorbona, París






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